Vendredi 3 octobre 1980, 400 personnes de confession juive sont rassemblées à la synagogue (libérale) de la rue Copernic dans le 16e arrondissement de Paris.
C'est un jour particulier car les croyants célèbrent le shabbat juif, comme tous les vendredis soirs, mais également une fête juive du nom de "Slim'Hat Torah". A cette occasion, les croyants chantent et de nombreux enfants participent aux choeurs et aux célébrations (environ 250).
A 18h40, soit à quelques minutes de la sortie des croyants du lieu de culte, une très forte explosion a lieu devant la porte de la synagogue. Dans la rue, c'est le chaos : les voitures sont renversées, quelques unes en feu, toutes les vitres des immeubles sont soufflées, on observe des dégâts importants à plus de 50 mètres du lieu de l'explosion.
A l'intérieur de la synagogue, le plafond s'est en partie effondré, les glaces sont tombées, un début de panique a lieu mais il est rapidement maîtrisé par le rabbin. Il y a des blessés dans la salle, mais beaucoup plus de peur que de mal. Dans un contexte israélo-palestinien tendu, tous ont à l'esprit la survenance d'un attentat. Certains des fidèles envisagent même que des hommes armés attendent leur sortie précipitée de la synagogue pour les exécuter.
Attentat de la rue Copernic - Image de l'AFP
Une revendication téléphonique très rapide attribue l'attentat aux faisceaux nationalistes européens (FNE), groupe d'extrême droite ouvertement néonazi. C'est une information qui n'a pour autre but que de brouiller les pistes, mais elle déclenche immédiatement une réaction de soutien aux Juifs de France, et un rejet de toute forme de racisme. Le ministre de l'intérieur est dépêché sur le lieu de l'attentat pour appeler au calme et éviter qu'il y ait une escalade de la violence.
L'enquête met en lumière un certain nombre d'indices qui désignent les Palestiniens comme responsables de cet attentat. Car il s'agit bien d'un attentat : une moto avait été garée devant la synagogue, une sacoche remplie d'un très puissant explosif.
Si l'explosion avait eu lieu une dizaine de minutes plus tard, le nombre de morts aurait été très lourd, plusieurs centaines de victimes sans aucun doute. C'est probablement ce que cherchaient les terroristes, la date choisie était stratégique dans une perspective meurtrière.
Le bilan est faible, certes, mais on dénombre quand même 4 morts et une vingtaine de blessés.
Jacques Chirac, alors maire de Paris, face à l'entrée de la synagogue - Image de l'AFP
Les semaines passent, puis les années... Les enquêteurs ont des tuyaux, des pistes, des traces, des pseudonymes. Mais pas de coupables.
Au début des années 90, l'accès aux documents des services secrets est-allemands permet de cibler les membres du commando palestinien à l'origine de cet attentat. Mais toujours pas de noms précis. Et, il y a quelques mois à peine, les services de la DST touchent le gros lot : avec l'aide des services secrets italiens, ils parviennent à localiser le chef du commando qui, il y a vingt sept années, a commis ce crime de sang.
Ce "chef", dont l'identité réelle n'est toujours pas connue, est un ancien militant du Front de Libération de la Palestine, mais dans une branche dissidente de celle de Yasser Arafat. Agé de 55 ans, le chef du commando Copernic vit désormais à proximité de Montréal, au Canada, avec la double nationalité libanaise et canadienne. Tout ceci après avoir vécu plusieurs années... aux Etats-Unis !
Une commission rogatoire internationale est lancée.
Pour souvenir : Josef Mengele, le médecin nazi qui a procédé à des expérimentations abominables sur des prisonniers du camp d'Auschwitz, et responsable direct de près de 400 000 exterminations, est mort en 1979, à l'âge de 68 ans, d'une crise cardiaque alors qu'il nageait tranquillement dans la mer au Brésil. Sa cavale internationale s'était faite grâce à l'utilisation de nombreux pseudonymes (et complices, mais là n'est pas le propos).
Il faut donc croire que le passé rattrape de mieux en mieux les assassins.